06-08 novembre 2019

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Éditos

Édito de Jeanne Herry et Cédric Klapisch
crédit Emmanuelle Jacobson-Roques / Trésor Films et Chi-Fou-Mi Productions

Co-Présidents de l’édition 2019 des Rencontres

Pour que la Création sorte gagnante de ses trois journées d’échanges

« Le film était tellement mauvais que les gens faisaient la queue pour sortir ». Cette phrase de Boris Vian a le mérite de poser, dans le bon sens, la délicate question du remplissage des salles de cinéma.
Vaste question en effet… Comment continuer à remplir les salles de cinéma alors qu’il y a de plus en plus de concurrence et de façons de voir des films ?
Oui, on le sent bien, nous vivons un moment charnière. Beaucoup de changements, pour l’audiovisuel et le cinéma : une nouvelle loi, des questionnements du Gouvernement concernant l’audiovisuel public et la redevance, une énième discussion sur la chronologie des médias, un combat récurrent du Droit d’auteur opposé à la notion de Copyright, des tentatives multiples de dérégulations vis-à-vis de certains acteurs internationaux, des interrogations sur les places respectives des salles de cinéma, des chaînes de télévisions, des opérateurs « historiques », des plateformes nationales ou internationales, des FAI, de la VOD…

Le cinéma et ses artisans ont aujourd’hui l’obligation de réinventer un autre lien avec la télévision et internet. Ce sera clairement l’objectif de ces 29èmes Rencontres de L’ARP de réfléchir à toutes ces questions. Nous souhaitons de tout cœur que ce soit bien la Création qui sorte gagnante de ces 3 journées d’échanges.

Nous, cinéastes, essayons sans cesse de créer de nouvelles images, de nouvelles formes esthétiques ou narratives, de nouvelles histoires.
Nous appelons aussi les responsables politiques à avoir de l’imagination et à être créatifs pour rechercher un nouveau monde qui ne soit pas uniquement tourné vers la notion de rentabilité et vers les paillettes de l’entertainement. Le cinéma doit garder sa fonction d’alerte et d’avant-garde. Le cinéma ne doit pas seulement divertir, il doit aussi avertir. Nous aimerions œuvrer à redéfinir la place de la Création pour qu’elle soit bien sauvegardée, voire renforcée, au cœur du processus industriel. C’est le vœu de ceux qui font le cinéma… et aussi de ceux qui font, encore et toujours, la queue devant les salles de cinéma…

Le cinématographe est étymologiquement ce qui permet d’écrire avec du mouvement.
Oui tout bouge en ce moment. Mais rassurez-vous, les cinéastes sont habitués à ça, car c’est justement avec le mouvement qu’ils écrivent.

Édito de Pierre Jolivet

Président de L'ARP

Nous y sommes !

30 ans ! Cela fait une trentaine d’années que la même Loi audiovisuelle règne sur le pays où est née l’exception culturelle. Il serait peu de dire que le monde a changé au cours de ces 30 ans.
Il s’est profondément transformé au rythme du numérique et d’internet, premier grand séisme industriel de l’histoire du monde moderne dans lequel les Etats ne sont pas parties prenantes.
La route, puis les chemins de fer, puis la communication, l’aviation… Dans tous ces domaines les Etats sont intervenus pour moderniser, accompagner et réguler les entreprises privées. Ils partaient du principe que les gouvernements démocratiquement élus devaient être au cœur de ces nouveaux outils devenus indispensables à la vie commune des hommes.

Rien de tout cela aujourd’hui où les mastodontes numériques qui dominent la planète sont entièrement entre les mains d’acteurs privés. C’est un nouveau paradigme qui effraie. Même aux USA, la révolte gronde puisque la régulation des GAFAN est une des priorités du projet démocrate. Cela doit évidemment éclairer ce que peut être, ce que doit être, en France, capitale de l’exception culturelle, une grande Loi audiovisuelle moderne. Se contenter de l’imaginer principalement à l’aune industrielle et financière en ne prenant en compte que l’aspect rentabilité de la culture et sans conforter la place indispensable que doivent avoir les créateurs, serait évidemment une faute.
A terme, cette mutation a minima ne servirait qu’à conformer la création française aux normes américaines.

Le gouvernement français a été leader d’un magnifique combat européen qui a abouti à la directive SMA. Adossée à cette avancée, une grande ambition est donc possible pour cette nouvelle Loi audiovisuelle.

Redéfinir à la hausse le rôle du service public, garde-fou de la diversité et champion de la culture face au fake news et au communautarisme, garantir encore davantage la place des créateurs, vecteurs vitaux d’invention et de liberté face à l’influence invisible mais dévorante du Big Data, exiger des plateformes mastodontes des engagements de production et de diversité sur des bases contrôlables par un Etat démocratique.

Ne nous y trompons pas, les USA et la Chine ont mis en place des stratégies culturelles, rien de moins, pour coloniser ce marché européen si juteux mais qui résiste. Ce n’est donc qu‘au prix d’une exigence et d’un courage novateur que cette nouvelle loi sera une opportunité. A condition qu’elle définisse des règles du jeu permettant à notre pays de rester leader en matière de culture et à notre cinéma de continuer à briller comme 3ème cinéma du monde.

Le projet est exaltant et exigeant. Ces 29ièmes Rencontres doivent permettre aux créateurs et aux différents intervenants de partager leurs visions. Comme toujours, les cinéastes de L’ARP seront d’autant plus investis que le projet sera inventif et à la hauteur de l’enjeu, c’est-à-dire la création d’une grande Loi audiovisuelle audacieuse servant de référence à toute l’Europe.

 

Édito de Franck Riester

Ministre de la culture

Un nouveau modèle

En soixante ans, le monde a beaucoup changé, pourtant la place des images et leur influence sur l’opinion, sur l’évolution des sociétés humaines, demeure une constante. Alors que la simplification de la réalité fragilise l’ordre mondial, la responsabilité du Ministère de la Culture est d’y opposer toujours plus d’intelligence, plus de complexité, plus de diversité, plus de liberté de création.

Cette vision de la Culture, qui porte le nom d’exception culturelle, est une chance. Elle nous permet d’être une grande nation de cinéma, l’amie de tous les créateurs. Cette chance, nous devons la protéger, la préserver, la perpétuer.

Aujourd’hui, alors que nous célébrons les 60 ans du Ministère de la Culture, les 60 ans de la naissance de la politique culturelle en matière de cinéma, avec notamment la création de l’Avance sur recettes, nous devons nous montrer ambitieux pour son avenir. Car, pour instaurer ce modèle unique au monde, il a fallu de la conviction, du volontarisme politique. Ils ne sauraient nous manquer aujourd’hui, devant des enjeux dont l’ampleur culturelle, mais aussi économique et sociétale, est sans précédent.

L’heure n’est pas à abdiquer devant des contraintes extérieures. Mais à inventer un nouveau modèle qui impose aux acteurs traditionnels et aux acteurs numériques des règles de concurrence plus équitables et le respect de la conception française du droit d’auteur. Un nouveau modèle qui intègre, dans notre système de financement de la création audiovisuelle et cinématographique, les plateformes numériques. L’objectif principal est de réaffirmer notre souveraineté culturelle ; la nouvelle Loi audiovisuelle et la loi de finances pour 2020 nous donnerons les moyens d’y parvenir. Et dans ce modèle, l’audiovisuel public jouera pleinement son rôle de première fenêtre vers la culture. Il doit divertir et émerveiller, émouvoir et informer. Je veux que nous en fassions une référence, en Europe et dans le monde.

Les Rencontres cinématographiques de Dijon sont un moment important du débat sur l’avenir du cinéma. Je me réjouis d’y assister, une nouvelle fois cette année. Car la force de notre création, notre influence dans le monde, nous les devons à ce travail commun, ce dialogue permanent entre les professionnels et les pouvoirs publics, qui forment l’originalité et la performance de notre modèle.
Merci aux équipes et aux membres de L’ARP, merci à leur président, Pierre Jolivet, à leur délégué général Mathieu Debusschère, pour leur engagement constant dans le combat qui est le nôtre.

Bonnes rencontres à tous.

Édito de Dominique Boutonnat
Crédit Govin Sorel

Président du CNC

Affirmer notre modèle d’exception culturelle, fondé sur les créateurs

La France constitue une référence mondiale dans le 7ème art, en particulier pour le cinéma d'auteur, et de nombreux pays en Europe, en Asie et en Amérique latine se sont inspirés de nos politiques publiques dans les domaines cinématographique et audiovisuel. Elles ont permis à la France d'être le premier producteur de films d’Europe, mais aussi le premier coproducteur international. Elles ont également nourri une culture cinéphile hors du commun, qui se caractérise par une fréquentation exceptionnelle des salles de cinéma. Or, ce modèle est mis au défi par la nouvelle donne économique, les évolutions technologiques et d’usages, ainsi que les opérateurs étrangers. Tous les acteurs de la chaîne du cinéma connaissent aujourd’hui des difficultés : auteurs, producteurs, distributeurs, diffuseurs… Ces fragilités ne sont pas une fatalité et nous sommes en train de rebattre les cartes pour y répondre, par un engagement ferme et fort des pouvoirs publics.

D’abord, en modernisant notre modèle de financement pour continuer à assurer la diversité de la création. C’est une priorité de politique publique. Le CNC a mené, au cours des dernières années, une bataille cruciale : celle de l’intégration des GAFA à notre écosystème fiscal avec les taxes dites « Netflix » et « YouTube ». Ces taxes, même si elles ont été de grandes victoires de principe, n’étaient qu’un premier pas.

La Loi Audiovisuelle, qui sera votée au printemps 2020, portée avec détermination par notre Ministre de la Culture, Franck Riester, va mettre en place, pour la première fois, des obligations d’investissement des plateformes étrangères envers la création, notamment indépendante. Ce sera une première en France et en Europe, et dans le monde : l’affirmation de notre modèle d’exception culturelle, fondé sur les créateurs. La loi va aussi permettre de lutter plus efficacement contre le piratage, en particulier contre les sites miroirs. Le projet de loi de finances pour 2020 nous permettra quant à lui d’harmoniser les contributions des chaînes de télévision et des plateformes. Par ailleurs, un fonds public de 225M€, administré par la BPI, a été mis en place, dont une part significative ira au cinéma et à l’audiovisuel dans le soutien aux entreprises du secteur. C’est la preuve de l’ambition des pouvoirs publics pour le cinéma français, de leur volontarisme à défendre et même à refonder notre modèle, notre exception culturelle.

C’est sous ces auspices que je tenais à souhaiter à tous d’excellents débats et de très bonnes Rencontres à Dijon !  

Édito François Rebsamen
Crédit Philippe Maupetit

Maire de Dijon
Président de Dijon métropole
Ancien Ministre

Dijon, grand écran

Comme chaque année, Dijon devient, pendant quelques jours, le lieu où se croisent producteurs et productrices, réalisateurs et réalisatrices, comédiens et comédiennes, distributeurs et diffuseurs de films ou encore responsables de chaînes de télévision en provenance de toute l’Europe. La capitale de la Bourgogne-Franche-Comté est au cœur de l’actualité du cinéma et de l’audiovisuel. Les rencontres et les débats organisés par L’ARP sont l’occasion, pour les professionnels, d’échanger sur leurs métiers en pleine évolution, sur les enjeux liés au numérique, au financement de la création culturelle, aux règles de diffusion des œuvres.
Dijon est devenue, depuis qu’existent ces Rencontres Cinématographiques, le « Davos » du Septième Art, et nous en sommes fiers. C’est avec un immense plaisir que nous accueillons en particulier les deux co-présidents du millésime 2019 : Jeanne Herry, dont le premier long métrage, Elle l’adore, avec Sandrine Kiberlain et Laurent Lafitte, a été couronné entre autres du César du meilleur premier film, et puis Cédric Klapisch qui a réalisé de nombreux films parmi lesquels – vous me permettrez de n’en citer qu’un ici – Ce qui nous lie, tourné dans les vignes de Bourgogne.

Car notre région et plus particulièrement sa capitale Dijon, embellie et valorisée, ouverte et accueillante, séduit les réalisateurs. Cette année est sorti en salles Je promets d’être sage de Ronan Le Page avec Léa Drucker et Pio Marmaï, tourné dans les salles restaurées de notre musée des Beaux-Arts métamorphosé. Dans quelques semaines ce sera Je voudrais que quelqu'un ma'attende quelque part, d’Arnaud Viard, avec Alice Taglioni et Jean-Paul Rouve. Cet automne, Jean-Patrick Benes a choisi Dijon pour tourner Le Sens de la famille, avec Alexandra Lamy et Franck Dubosc.

Ici ouvrira bientôt, à la Cité internationale de la gastronomie et du vin, un complexe de 14 salles unique en son genre en France, associant un exploitant grand public et un spécialiste de l’Art et Essai. Plus que jamais, Dijon est et sera une grande ville de cinéma.

Édito de Marie-Guite Dufay
Crédit : Yves Petit

Présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté

Ce qui nous lie

On a assez dit combien notre société est désormais une société de l’image. Télévisions, smartphones, tablettes, réseaux sociaux : les écrans se multiplient dans notre vie quotidienne, proposant informations, clips, sketches, animations diverses… Avec une seule règle, la brièveté. Les images ne sont plus regardées mais « consommées », et les reportages y côtoient les montages, dans un carrousel qui ne fait que s’accélérer.

Quelle place désormais pour le cinéma, la fiction, l’art ? Quel statut pour le réalisateur et les équipes qui travaillent sur le long terme ? De quels moyens et de quelles règles se doter pour préserver une authenticité du regard ? Quels financements ? Pour quels objectifs ? Autant de questions qui sont posées avec acuité, chaque année, par les Rencontres cinématographiques de Dijon, à travers des débats et des projections, qui mobilisent artistes et experts devant un large public.

Je suis donc particulièrement heureuse que la Région Bourgogne-Franche-Comté accompagne une nouvelle fois ces Rencontres.

Avec une extension du Bureau d’accueil des tournages, un financement considérablement renforcé du Fonds d’aide à la création et à la production cinématographique et audiovisuelle, ainsi qu’une forte hausse du budget consacré à la culture depuis 2016, notre Région s’est donné les moyens pour mieux accompagner les réalisateurs, les producteurs, les comédiens, les techniciens et tous les acteurs de la culture. Parce qu’il s’agit là d’un enjeu majeur : faire vivre et mieux partager les espaces de liberté et de fraternité.

Je veux donc remercier L’ARP, la société civile des Auteurs-Réalisateurs-Producteurs, qui porte avec passion ces Rencontres Cinématographiques de Dijon. Et je tiens à saluer les deux co-présidents : Jeanne Herry, et plus particulièrement Cédric Klapisch, qui, il y a deux ans, portait le regard généreux qu’on lui connaît sur les vignes de Bourgogne, dans Ce qui nous lie. Un titre qui résonne comme un engagement, ou qui pourrait presque résumer les Rencontres à venir…

Je souhaite à toutes et à tous de riches et fructueux débats, ainsi que de belles découvertes.

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